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Croniques françaises

Le Fillon nouveau est arrivé !

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Plus président que premier ministre dans le style et plus sarkozyste que Sarkozy dans la méthode ! C’est un François Fillon totalement inédit qui s’est révélé la semaine dernière à travers sa tournée en Afrique de l’Ouest et sa réplique particulièrement musclée à la proposition d’Eva Joly de supprimer le défilé militaire du 14 Juillet. Deux raisons à cela : la discrétion désormais affichée par le chef de l’État, qui lui laisse plus d’espace, et la volonté de Fillon de s’imposer comme chef de la majorité, avant et après 2012, face à son rival Jean-François Copé.

Reçu avec le tapis rouge, passant en revue, l’air martial, les troupes françaises à Abidjan (Côte d’Ivoire) et à Libreville (Gabon), le premier ministre s’est imposé, trois jours durant, dans un exercice faisant d’ordinaire partie du “domaine réservé” du chef de l’État. Mais ce qui serait passé à l’Élysée, voilà quelques semaines, comme un crime de lèse-président a été accompli avec l’assentiment total, et même les encouragements, de Nicolas Sarkozy – qui a été jusqu’à mettre son nouvel avion à disposition de Fillon ! "Avec le président, les relations ont complètement changé", confie un député proche du premier ministre : il a enfin compris qu’il lui fallait prendre de la hauteur et “lâcher la grappe” à François".  Non que la nature profonde de l’“omni président” ait subitement varié, mais il s’agit de son intérêt : "2012, poursuit le même, "se jouera en grande partie sur la stature présidentielle: or, les Français veulent un président qui préside, non un président qui gouverne, en tout cas pas tout le temps. Ce qui suppose de laisser plus de place à son premier ministre…".

Ce nouveau partage des rôles, plus conforme à l’esprit de la Ve République, Fillon l’attendait depuis sa nomination à Matignon! À Sarkozy la posture de “père de la nation” rassemblant audelà de son camp (notamment en matière de défense nationale); à Fillon les sujets clivants, au besoin polémiques, mobilisant la droite. D’où l’absence de réaction du premier à la déclaration d’Eva Joly. D’où, surtout, le “fameux” discours d’Abidjan du second, estimant que la candidate écologiste d’origine norvégienne n’avait pas "une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l’histoire française". Une salve dénonçant entre les lignes la double nationalité de l’ex-magistrate, qu’il a réitérée le surlendemain, à Libreville : "On me dit qu’il y a une polémique en France sur les propos que j’ai tenus en réponse à Mme Joly qui proposait de supprimer le défilé militaire du 14 Juillet. Je vais vous dire : je m’en félicite!". 

Loin d’être une "bourde", comme l’a dit François Hollande, la double saillie de Fillon était on ne peut plus réfléchie. La preuve: il a refusé de réagir en “off” devant les journalistes, attendant de le faire publiquement. "Le premier ministre s’est exprimé avec sincérité en ancien séguiniste attaché à la République et à ses symboles", confirme l’une de ses ministres. Voilà en tout cas, pour la première fois du quinquennat, Fillon devenu l’homme à abattre de la gauche – en lieu et place de Sarkozy. Outre Eva Joly, qui s’est dite "scandalisée" et Les Jeunes Écologistes, dénonçant "cette déclaration démagogique, entraînant la droite française toujours plus près des propos xénophobes du Front national", c’est tout le PS, ou presque, qui a sonné la charge en diabolisation.

La palme de la surenchère revenant conjointement à Harlem Désir ("une honte"), Manuel Valls ("des propos qui puent la xénophobie") et Martine Aubry, allant jusqu’à réclamer la… démission de Fillon : "Si j’étais présidente de la République, j’aurais un premier ministre qui traite comme ça un de mes citoyens [sic], eh bien, je lui demanderais de partir!", a-t-elle déclaré au Grand Rendez-vous Europe1 le Parisien-Aujourd’hui en France. Depuis le temps que Fillon attendait d’être en première ligne! Enfin (presque) seul à la manœuvre, le premier ministre peut se vanter d’avoir fait coup double: piéger la gauche tout en rassemblant la droite. Concernant la première, des sondages devraient paraître dans les prochains jours faisant état du soutien d’une large majorité de l’opinion, y compris de gauche, au maintien du défilé militaire du 14 Juillet – dont il apparaît comme le premier défenseur.

Concernant la seconde – où seules quelques voix discordantes (Raffarin, Dati…) se sont élevées – , Fillon est parvenu, d’un coup, à faire oublier les critiques dont il était l’objet ces derniers temps au sein de la majorité : refus de la réforme du RSA proposée par Laurent Wauquiez, incompréhensibles volte-face sur la signalisation des radars routiers, déclaration favorable au mariage homosexuel de sa fidèle Roselyne Bachelot… , par Gilles Gaetner. 

Cofondateur du collectif de la Droite populaire, peu suspect de “fillonnisme”, le député UMP Jean-Paul Garraud résume bien le nouvel état d’esprit ambiant – haro sur la gauche sous la bannière de Matignon : "Au lieu de prendre la défense d’Eva Joly et d’accuser le premier ministre de lepénisation, les socialistes feraient mieux de se poser de sérieuses questions sur leurs alliés". Alors que ses soutiens émanaient principalement jusqu’alors des familles sociale et centriste de la majorité, voilà François Fillon promu nouveau héraut de l’aile droite!

Mais c’est assurément un autre communiqué de soutien, exprimant "son indignation de voir [le PS] s’en prendre au premier ministre pour mieux faire oublier le fond du sujet », qu’a le plus savouré le locataire de Matignon. Il est signé de Jean-François Copé, son meilleur ennemi. À l’Élysée, Nicolas Sarkozy compte les points. Pour ce début d’été : avantage Fillon.

Tratto da Valeurs Actuelles del 21 Luglio 2011

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